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Journal de soignants et d'étudiants en humanités.

Un miracle de Noël (partie I)

Publié le 30 Décembre 2012 par

Un miracle de Noël.

Un miracle de Noël (partie I)
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Sautons-lui sur le ventre en faisant Glou-Glou !

Publié le 28 Décembre 2012 par B.

Anecdote racontée par C., l'écriture c'est moi ! Juste Merci !

Sautons-lui sur le ventre en faisant Glou-Glou !

(Désolé pour le titre, je me suis laissé emporté)

Alors voila Mr L. sans domicile, retrouvé dans la rue à 2h du matin, fin bourré, 3g d'alcool dans chaque orteil, une fièvre inquiétante et des douleurs pelviennes.

C. :

- On va vous faire un examen d'urine, prévenez quand vous avez envie.

Une heure après, toujours pas de pipi.

Mr G., voix tortillante du mec encore grisé :

- Ça veut toujours pas venir. Dis-moi Blondie, y aurait moyen de monter un peu le chauffage et de fermer la lumière ? Je me sens bien parti pour roupiller.

- 38C de température + mal là-où-vous-savez : je lâche pas l'affaire. Pas de pipi, pas de...(elle cherche)... pas de pipi. Voilà.

Une heure après, elle l'a dit donc elle le fait : Blondie ne lâche pas l'affaire.

- Ça vient ?

- Hé, on t'a jamais dit que tu avais un problème avec le pipi ?

Blondie, 4h du matin, prête à tout pour un échantillon d'urine :

- Hé ! On t'a jamais dit que tu avais un problème d'infection à la prostate ?

Mr G., mouché :

- Écoute Blondie, je demande qu'à te faire plaisir, mais quand ça veut pas ça veut pas. Tu sais ce qui activerait bien "l'urination" ?

Blondie, très pragmatique, de penser : "Monter la réhydratation à 11 L/24 h, 5 ou 6 g de diurétiques, m'asseoir sur ton ventre avec l'infirmière en faisant des bruits de lavabo pour que ça vienne..."

Mr G., encore plus pragmatique puisqu'il a le pragmatisme utile :

- Une bonne pinte de brune, Blondie, une bonne/grosse pinte de brune !

Blondie, 4h du matin, prête à tout pour un échantillon d'urine.

Mr G., 4h du matin, prêt à tout pour une bonne/grosse pinte de brune.

Vous n'imaginez pas les combats de titans qui se déroulent la nuit dans les hôpitaux pendant que vous dormez, je veux dire : vous n'imaginez VRAIMENT pas les combats de titans qui ont lieu la nuit dans les hôpitaux pendant que vous dormez.

Anecdote racontée par C., l'écriture c'est moi ! Juste Merci !

Sautons-lui sur le ventre en faisant Glou-Glou !

(Désolé pour le titre, je me suis laissé emporter)

Alors voila Mr L. sans domicile, retrouvé dans la rue à 2h du matin, fin bourré, 3g d'alcool dans chaque orteil, une fièvre inquiétante et des douleurs pelviennes.

C. :

- On va vous faire un examen d'urine, prévenez quand vous avez envie.

Une heure après, toujours pas de pipi.

Mr G., voix tortillante du mec encore grisé :

- Ça veut toujours pas venir. Dis-moi Blondie, y aurait moyen de monter un peu le chauffage et de fermer la lumière ? Je me sens bien parti pour roupiller.

- 38C de température + mal là-où-vous-savez : je lâche pas l'affaire. Pas de pipi, pas de...(elle cherche)... pas de pipi. Voilà.

Une heure après, elle l'a dit donc elle le fait : Blondie ne lâche pas l'affaire.

- Ça vient ?

- Hé, on t'a jamais dit que tu avais un problème avec le pipi ?

Blondie, 4h du matin, prête à tout pour un échantillon d'urine :

- Hé ! On t'a jamais dit que tu avais un problème d'infection à la prostate ?

Mr G., mouché :

- Écoute Blondie, je demande qu'à te faire plaisir, mais quand ça veut pas ça veut pas. Tu sais ce qui activerait bien "l'urination" ?

Blondie, très pragmatique, de penser : "Monter la réhydratation à 11 L/24 h, 5 ou 6 g de diurétiques, m'asseoir sur ton ventre avec l'infirmière en faisant des bruits de lavabo pour que ça vienne..."

Mr G., encore plus pragmatique puisqu'il a le pragmatisme utile :

- Une bonne pinte de brune, Blondie, une bonne/grosse pinte de brune !

Blondie, 4h du matin, prête à tout pour un échantillon d'urine.

Mr G., 4h du matin, prêt à tout pour une bonne/grosse pinte de brune.

Vous n'imaginez pas les combats de titans qui se déroulent la nuit dans les hôpitaux pendant que vous dormez, je veux dire : vous n'imaginez VRAIMENT pas les combats de titans qui ont lieu la nuit dans les hôpitaux pendant que vous dormez.

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Tagada ! Tagada ! Merci Mamie pour le poney !

Publié le 27 Décembre 2012 par B.

Tagada ! tagada ! Merci Mamie pour le poney !

(Histoire de T., l'écriture c'est moi ! Juste merci !)

Alors voilà la vieille Mme D. au fond de son lit d'hôpital. Autour d'elle : son fils et sa belle petite fille de 26 ans qui, détail non négligeable, adore l'équitation (qui n'aime pas ça ?).

T. jeune interne plutôt bien mis de sa personne examine Mme D., lui pose quelques questions, s'assure qu'elle se remet de son opération.

À l'hôpital, ce n'est pas parce que les gens meurent, souffrent ou que la nourriture est dégueulasse que la vie doit s'arrêter. Et même une fracture du col du fémur peut être une bonne occasion pour faire du poney.

Le soir, l'interne trouve une nouvelle demande d'ami sur FaceBook : c'est la petite fille de Mme D. Elle a lu son nom sur son badge et, détail non négligeable, elle adore l'équitation (c'est une redite, je sais, mais c'est important l'équitation, c'est bon pour la santé !).

Ils vont boire un café, parler de tout et de rien, du temps qu'il fait, du temps qui passe, du dernier film vu au ciné, de la dernière chanson à la radio, parler un peu de Mamie, de son kiné, de ses progrés, etc...

L'heure tourne, il la raccompagne au pied de son immeuble.

Elle le regarde, lui sourit, lui dit qu'elle adore l'équitation.

Il la regarde, lui sourit, cela tombe bien, il adore monter.

VRAIMENT

Tagada ! Tagada ! Merci Mamie pour le poney !

(Les morales de cette histoire :

1- toujours avoir son badge sur soi,

2- Facebook a vraiment malmené les mots "amis","j'aime" et "commenter" en les vidant de toute substance signifiante. Mais on pardonne à Facebook : ce réseau a tant fait pour promouvoir l'équitation...)

Tagada ! Tagada ! Merci Mamie pour le poney !
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Le premier des "autres" que j'ai vu.

Publié le 27 Décembre 2012 par B.

(Ou : pourquoi nos chefs sont des chefs... parce que là aussi vous vous posiez la question...)

Alors voilà Mr F., 61 ans.

Il consulte aux Urgences, à 23h, pour des hoquets intempestifs depuis six mois !

Le concours du plus grand mangeur de saucisses, la réunion des amateurs d'omelettes aux œufs de pingouin, la fête du slip... peu importe la raison, Mr F. n'a pas jugé bon de voir son généraliste plus tôt.

Moi, pensant à une blague que me joue le PDI*, j'expose le cas au chef avec une touche d'ironie.

- Il fume ? me réponds-t-il très sérieusement.

- Environ 40 PA.

- Alors tu lui fais une radio, j'appelle la Pneumo pour lui réserver une place, lance-t-il en tirant une gueule qui semble dire : "Un bus de l'amicale des Hémophiles vient de se renverser sur la route ET l'Etablissement Français du Sang vient d'appeler pour dire que leurs stocks sont vides."

Heu... j'ai raté quelque chose ?

À la radio : horrible Lâcher de Ballons (terme faussement festif pour dire que Mr F. est dans une merde noire).

S'il rote/hoquette/éructe, c'est parce que son diaphragme est enlacé par un crabe mortel qui fume des Havanes sans filtres en essaimant des petits partout.

Les morales de cette histoire ?

1- Même un cas foireux peut révéler une Urgence (parfois plus notariale que médicale),

2- Si les chefs sont chefs c'est bien parce qu'ils "en ont vu d'autres".

Pour moi, ma liste des "autres" a commencé ce soir-là, avec le visage de Mr F. et de ses reflux intempestifs.

"Forgeron tu deviens en forgeant, oui, forgeron tu deviens en VRAIMENT forgeant".

Maitre Yoda dans Star Wars épisode XXXIV.

PDI* : Petit Dieu des Internes

(Merci à SmartFiches Médecines pour la photos, des fiches et des applications gratuites pour réviser pour les externes et les internes, lien colonne de droite !

La plateforme center Blog a des soucis de compatibilité avec google chrome, pas de logiciel malveillant mais c'est quand même embétant, je regarde pour une autre plateforme, si vous avez des idées, je ne suis pas très à l'aise en informatique... Bonne journée ! P&H, B.)

Le premier des "autres" que j'ai vu.
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Un peu de tragédie, de latin et de toucher vaginal.

Publié le 27 Décembre 2012 par B.

Ambiance : trois coups du théâtre : Toc toc toc toc toc toc... Toc...Toc...Toc !

Alors voilà B. interne aux urgences gynécologiques. Il reçoit Mme H. 27 ans, qui vient pour des douleurs vaginales avec pertes malodorantes (cf le post : "Charlie et la chocolaterie" où tout est très bien expliqué de façon exhaustive : parce que c'est important les fluides, très importants).

Donc les acteurs en présence : B., interne, et Mme H., patiente.

Ils ne le savent pas encore mais la tragédie est déjà en marche (fatum est accidenda accidunt).

Fin de garde, B. est fatigué, la patiente désagréable ("je n'aime pas les médecins, l'hôpital et vous vous êtes un peu jeune pour jouer au docteur").

Arrive le moment fatidique : B. enfile le doigtier, il se souvient de la leçon du Professeur : "le secret d'un toucher vaginal TRÈS BIEN VÉCU par la patiente c'est de ne pas la quitter du regard".

Bon élève, B. fait tout comme il faut : il tend son bras en arrière, attrape le pousse-pousse de lubrifiant, pousse en regardant la patiente. La patiente, aussi, le regarde. Ils pourraient presque jouer à une partie de "Tu me tiens-Je te tiens-Par le barbichette-Le premier qui rira aura une tapette". Mais ça serait une situation bizarre alors ils n'y jouent pas.

En vérité, personne ne va rire car, là, acta fabula est, la messe est dite.

[

ce qui suit est trop douloureux pour être écrit, nous laissons donc un espace que le lecteur remplira avec son imagination quand il aura compris le drame qui vient de se nouer sous ses yeux.

]

Quod erat demonstrandum ?

La leçon que retiendra l'interne de cette consultation ?

- écouter le professeur c'est BIEN, et même si on a fait comme Prof a dit et "qu'on n'a pas quitté la patiente des yeux" le fait de confondre le lubrifiant et le pouss-pouss de gel hydro-alcoolique, ça, par contre, c'est MAL.

La leçon que retiendra Mme H de cette consultation ?

- "Définitivement, je n'aime pas les médecins, l'hôpital, les gels hydro-alcooliques et je n'aime VRAIMENT pas les internes".

(le site rencontre quelques soucis, à priori aucun risque infectieux réel mais les développeurs sont en congés jusqu'au 03/01/12... Je vous tiens au courant si je dois changer de plateformes de Blog... Joyeux Noël à tous, je veux dire : je vous souhaite VRAIMENT un joyeux Noël !)

Un peu de tragédie, de latin et de toucher vaginal.
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J'AVAIS OUBLIÉ LA FAMILLE...

Publié le 27 Décembre 2012 par B.

Alors voilà Mr. W., 83 ans, sur un banc dans un square, au soleil de 11h. Ça pousse vert sous la neige. C'est le printemps. Pas pour lui : une pointe au cœur, il se couche doucement sur le coté, une voisine appelle le 15.

Le chef masse, l'infirmier perfuse, je ballonne un visage aussi ridée qu'un pruneau. C'est beau une vieille tête, beau et lourd, c'est plein de souvenirs.

Je me dis : " 83 ans, essayons. S'il meurt, il meurt... Ça devait être là, maintenant, dans ce square. Y a moyen d'être "moins concerné" que pour la gamine de l'autre nuit. Ça va aller, 83 ans... Y a moyen..."

Soudain, un hurlement : une dame se jette à la tête de Papi-Pruneau. Son peignoir, ses bigoudis, ses joues, tout est rose.

Y a moyen de rien : j'ai oublié la famille...

Parfois, les papis ont des filles.

Dame-BonBon se change en petite fille pleurant dans les bras de son papa. La mort a ce genre de pouvoir là.

Je ballonne, j'essaie de ne pas entendre ce qu'elle lui dit, nos épaules se touchent...

Je n'entends pas comment elle le supplie de ne pas la laisser, je n'entends pas qu'elle a peur du monde sans lui, qu'elle ne sait pas quoi faire, qu'elle l'aime, qu'elle est terrifiée par la vie sans lui, qu'elle ne sait pas COMMENT être seule sans son père.

Je n'entends que le ronron de ma main sur le ballon d'insufflation.

Un des bigoudis chute, la tension artérielle de Papi-Pruneau aussi.

Ça va encore me coûter cher en resto, en coups à boire et en billet d'avion pour le Tibet cette histoire là.

Ce soir, je n'oublierai pas d'appeler mon père, je veux dire : ce soir je n'oublierai VRAIMENT pas d'appeler mon père.

(J'avais bien envie de mettre une anecdote drôle, ou qui fait sourire, et puis je me suis dit : la distribution des cadeaux c'est demain et demain, justement, tout le monde ou presque sera en famille, alors dites-leur ce qu'on ne leur dit pas assez... et demain matin, c'est promis, c'est cadeau, je balance un post très drôle, je veux dire : VRAIMENT très drôle...)

J'AVAIS OUBLIÉ LA FAMILLE...
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Les pieds où il ne faut pas.

Publié le 27 Décembre 2012 par B.

Alors voilà O., brillant interne, ce qui se rapproche le plus du Dr. SexyMachin de TF1, on fait pas mieux sur le marché des internes.

J'adore O., son secret aussi...

(Tous en coeur ! Mais quel est le secret de O ?)

Son secret ?

Sa vie d'externe a été telle une grande pièce -blanche et vide- où serait posé un plat. O. mettait les pieds dedans, les ressortait, les remettait. Nous, on se disait qu'un jour, il aurait des problèmes. En attendant, ça nous faisait bien rire...

Exemple :

Il entre chambre 4 : patiente sur un lit, femme brune lui tenant la main.

Examen de O., qui s'étonne que l'accompagnante donne autant de détails.

Premier pied dans le plat en disant à la patiente :

- Vous avez une mère très attentionnée !

L'accompagnante, vexée :

- Je ne suis pas sa mère, je suis une amie. Et nous avons le même âge elle et moi.

O. pensant bien faire, se tourne vers la patiente et deuxième pied dans le plat :

- Whoua ! Vous faites vraiment jeune, mais alors VRAIMENT très jeune !

O. : combien de fois t'avons-nous répété la règle 1 de l'hôpital ?

Règle 1 de l'hôpital valable de la deuxième année jusqu'à la retraite : "Toujours tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de finalement fermer sa gueule."

Les pieds où il ne faut pas.
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Double K de conscience.

Publié le 27 Décembre 2012 par B.

Alors voilà Mme K., adorable dame de 92 ans qui perd un peu les pédales.

L'autre nuit, elle a empêché tous les patients de dormir :

"Un kilomètre à pied, ça use, ça use...etc..." qu'elle chantait à tue-tête pendant des heures. Sachant qu'elle ne marche plus depuis longtemps, il doit y avoir une forme d'ironie divine que je ne saisis pas très bien.

Avec moi, le contact passe bien : je me présente tous les matins car elle a oublié qui je suis et oubliera demain encore. Cette amitié à renouveler, c'est un vrai défi journalier.

Un jour, elle me dit :

- Docteur, j'ai un problème, je ne sais pas ce que je dois faire.

- C'est-à-dire ?

- Je ne sais pas si j'ai envie de faire pipi ou caca.

Moi, sans trop réfléchir à ce que je dis (en même temps, qu'est ce que vous répondriez à ça ?) :

- Qu'est-ce que vous dicte votre conscience ?

Elle, étrangement lucide :

- C'est pas vraiment ma conscience qui pose la question !

- Vous savez quoi : vous avez des protections, vous n'avez qu'à faire les deux et nous vous changerons. Problème résolu ?

- Des protections ? J'avais oublié...

Bien sûr que vous aviez oublié, Mme K., bien sûr...

Mais on est là pour vous le rappeler. Car ça sert aussi à ça neuf ans d'études, je veux dire : ça sert aussi VRAIMENT à ça neuf ans d'études.

Double K de conscience.
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Dépucelage gazométrique.

Publié le 27 Décembre 2012 par B.

(Petit souvenir de l'externat)

Alors voilà Mr G., 78 ans, à qui je dois faire une gazométrie artérielle. MA première. Une première gazo c'est comme un dépucelage : c'est inévitable, souvent douloureux ou raté, mais une fois que c'est fait on est soulagé et on veut le refaire.

Donc me vl'à, avec mon aiguille, prêt à maltraiter la radiale du gentil Mr G.

Ça frappe à la porte.

Je pense : "Bordel ! On peut pas perdre sa virginité tranquilou dans cet hôpital !" alors je dis : "Entrez !"

Tiens ! C'est Professeur G., prof à la fac et, accessoirement, mon nouveau chef de service...

Tiens ! Il tapote la main de Mr G, l'embrasse sur le front, lui demande comment il va.

Tiens ! C'est vrai que Mr G. et le Pr G. ont le même nom de famille...

- Il a horreur des aiguilles. Ça ne vous dérange pas si je reste pendant que vous prélevez mon père ?

Je pense : "!&:€314116,?!'"@arrhhh" dont le sens littéral le plus proche est : "tant qu'on y est vous voudriez pas aussi me fouetter avec une pelle ?"

Alors je dis : "Bien sûr que non, vous pensez !"

Deux minutes plus tard, dans l'ascenseur qui descend au labo, je brandis haut la seringue tel le babouin brandissant Simba dans le Roi Lion.

Je ne dis pas que Mr G. y a pris du plaisir mais j'ai été rapide : le sang est monté de suite.

Les portes s'ouvrent, l'aide-soignante me surprend en train de danser la Samba. J'ai l'air béat de l'idiot qui vient de se faire déniaiser.

Elle me demande si tout va bien.

Je dis "Bien sûr que oui !" mais je pense : "j'ai envie de refaire une gazo, je veux dire : j'ai VRAIMENT envie de refaire une gazo !"

(La fin du monde c'est déjà le début de quelque chose : je vous le souhaite heureux et paisible et je vous dis à demain...ou pas !).

Dépucelage gazométrique.
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ECCE HOMO.

Publié le 27 Décembre 2012 par B.

Alors voilà L'Homme de la chambre 314. Os, poumons, foie, prostate... peu importe : un petit crabe fait sa plage dessus et il s'en va.

Je ne sais pas ce qu'il a été : il ne parle plus, ne fait plus un geste. Il est là où nous l'avons posé. Peut-être qu'il rêve. Espérons.

Anasarque : jargon barbare pour dire qu'il a tellement d'oedèmes que l'eau s'infiltre partout. Dans les poumons, dans l'abdomen, à travers la peau. Voilà L'Homme que la Mort change en éponge. Il déborde comme la rivière sort de son lit. On ne peut pas tenir sa main, elle glisse. Son corps pleut sur les draps : on les change continuellement. Il est une fontaine qui dort et se répand.

Un jour, L'Homme de la 314 a été un enfant. Il est peut être tombé de vélo et son père l'a remis en selle.

Un jour, il a peut-être : appris l'alphabet, à marcher, à dire "merci", à demander "pourquoi ?".

Il a joué à la marelle ou à 1-2-3-Soleil, volé des cerises, fait du vélo -avec puis sans les petites roues-, regardé ces drôles de poils qui nous poussent à l'adolescence, pratiqué l'onanisme, eut un rendez-vous, fait l'amour une première fois en s'émerveillant du corps de l'autre, regardé la chenille s'enfermer dans son cocon pour devenir Mystère...

Comme tous, il a probablement voulu tuer son père pour épouser sa mère. Il a goûté du vin, joué avec le feu, bu du café, fumé une cigarette, joué, sauté, mît un déguisement, pris le métro, passé son bac, son code, son permis, mangé gras/salé/sucré, dansé, péché et pêché, couru, toussé, pleuré, crié, raté un bus, détesté, souffert, fait souffrir, tordu la queue des pommes pour faire un vœu, voyagé, vu les Pyramides, la Joconde, Saint Pierre de Rome, un Picasso, un Turner, un Pollock, nagé, prié, couru encore, dévoré la tarte encore chaude, eu mal au ventre à cause de la tarte, mis des chaussettes trouées, travaillé, frappé à des portes, tourné des milliers de poignées, acheté une TV, étendu du linge, aimé... Avec de la chance, il a aimé.

Peut-être, même, un jour, a-t-il eu un fils qui est tombé de vélo : il l'a remis en selle comme son père avant lui et le père de son père.

Ecce Homo.

Alors voilà L'Homme de la 314. Je veux dire : voilà VRAIMENT L'Homme de la 314.

Et nous ne lui sommes pas différents. Pas plus que la pomme sur la branche l'est de la pomme voisine qui vient de tomber.

ÊLLÃM ÖNRU : phrase en Tamul-Nadu signifiant littéralement : "Tout est Un".

ECCE HOMO : phrase latine signifiant littéralement : "Voilà l'Homme".

(Pour ma grande et belle famille D&T du Connecticut, blessée au cœur, je vous aime. Pour les enfants de Newton qui n'auront ni notre chance ni, paradoxalement, celle que L'Homme de la chambre 314 a pu connaitre au cours des folles péripéties de sa vie d'homme.)

ECCE HOMO.
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